Collectif La Filée - Je suis une guerre

Collectif La Filée – Je suis une guerre

Miel Pagès,
Annab Aubin-Thuot
et Catherine-Alexandre Briand

du collectif La filée

Nous sommes venues chercher

À l’écart des définitions.

Et cette quête est notre nudité.

Nous ne sommes « pas » les femmes.

Nous sommes dissidentes.

Dissidente.

Ouverte à parler le ténébreux. Par exemple, celui du lieu commun, celui de la violence banalisée, de la violence domestique, symbolique, quotidienne.
Imprudente, à parler un langage autre, un langage visqueux, un langage de poème qui n’appartient à personne.

Imaginez quand nous pourrons dire : elle est ensemble.

Elle est collective

Dissidente.

Instable, parce qu’en recherche : j’ai soif de bienveillance, et de douceur. Mais il faudra d’abord me salir la peau, me confisquer le désir, goûter le fond froid de la pluie, des manipulations et des normes. Arrêter d’être belle, arrêter d’être «  elle », briser le féminin.

Ille

i-l-l-e

un rassemblement enchanteur de ce qui constitue la beauté humaine, une invitation à ouvrir nos closes et à trouver le nous, celui de la chasse au trésor commencée il y a des milliers d’années.

I l l e

Trop longtemps caché-e-s dans une île déserte, je propose une incroyable sortie, celle de la cave aux ombres. Montrons nos faces réjouies et nos âmes androgynes. Comme elles sont belles, comme elles sont chaudes.

Excentriques, c’est ce qui a été placé aux extrémités du centre, d’un cercle vaporeux et tenseur

Aux premières lignes devant les policiers. Je ne sentais pas mon corps faillir, j’étais forte au point de m’en faire peur, de ne craindre aucune bavure, aucun bouclier ou matraque. J’avais la force de dix hommes

moi à qui on avait pourtant appris à être une femme.

J’en ai fini d’être polie. Finie de la politesse construite de mon sexe qui demande pardon,

Je veux prendre.

Dissidente.

Décidées à comprendre la faiblesse du monde. À lui trouver une terre d’accueil. À renverser l’opacité du commun, pour en faire un sanctuaire de la tolérance, de la bonté, du sens mythique qui nous lie les un-e-s aux autres, qui nous traverse et nous construit jusqu’à la vastitude du « nous », et qui nous apprend à attendre les plus lentes, les plus malades, les plus subtiles, les plus révoltées.

Astucieuses, sorcières limites, androgynes, idées, rusées, amantes, elle, ille, nous, l’histoire des oppressées et celle des filantes, fusées, femmes explosives et explosées, dans les profondeurs des champs de résistances. À nous battre à l’extérieur comme à l’intérieur de nous-mêmes avec les barreaux de fers, les métaux puissants qui nous soudent, l’échine courbée, le corps occupé par d’autres.

Je suis une guerre

Mais dites-moi est-ce un rêve ou un absolu possible, cette gigue égalitaire, ce branle de l’ours sans distinction sur la seule apparence des organes génitaux. Je ne suis ni des lèvres ni un phallus, je suis une bouche qui n’a pas fini de l’ouvrir, je suis un coeur non binaire, je suis des yeux parfois un peu apeurés par la violence ordinaire, je suis des mains prêtes a pétrir les pensées stagnantes d’une société pourtant parfois si belle, mais si souvent dichotomique et dominante.

Dissidente.
Cherche à reprendre le contrôle des mots, qui ont été volés par le pouvoir, à recommencer à infuser le sens de la beauté, du respect, de la contemplation amoureuse avec la forêt.

Rien n’égale tout ce soleil, cette magie des corps qui se retrouvent dans la lutte. Je t’aime, je nous aime, il y a trop d’amour qui s’énonce comme une colère magnifique, de sang bouillant, car la colère est un amour fou.

Dissidente.
Celle qui saisit l’opportunité de mordre dans un rapport de force. Avec les dents du devenir-hors-femme, pour un jour en finir avec ce brouillard.

Nature Culture Rupture

Rien ne va de soi

Rien ne va

Je suis une guerre.

Un matin, nous sommes sorties pour ne plus jamais rentrer.

Dissidente.

C’est celle qu’on ne peut plus sortir du champ du visible. Qui est implacable. Plus réelle encore que la peur.

αγαπη